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Sculptures rupestres gallo-romaines
Sculptures rupestres gallo-romaines entre Médiomatriques et Trévires
Comment s'y rendre
La région située de part et d’autre de la frontière actuelle entre le département de la Moselle et le Land Sarre, dans l’Antiquité partagée entre Médiomatriques et Trévires, se distingue des autres régions de l’Empire romain par la présence de monuments rupestres sculptés. Ceux qui sont connus sont situés généralement dans les régions d’affleurement du grès, en Sarre, dans les Vosges du Nord et au Palatinat.
Les reliefs ont été réalisés sur les parois de rochers saillants surplombant souvent, à mi-pente, de petits vallons perdus en milieu forestier, ce qui ne les rend aujourd’hui accessibles qu’après une randonnée pédestre plus ou moins longue.
Ces reliefs représentent des personnages isolés, des couples, ou encore des scènes plus complexes réunissant personnages et animaux.
Ils sont pour la plupart connus depuis longtemps et ont fait l’objet d’observations et d’interprétations diverses et différentes, rendues difficiles souvent par leur état de préservation peu favorable ; la plupart sont encore aujourd’hui complètement exposés aux intempéries et aux risques de détérioration. Par ailleurs, les conditions de conservation se sont dégradées depuis les premières observations, ce qui ne permet plus aujourd’hui la même lisibilité qu’alors.
Les rochers sculptés
Notre voyage à la découverte de ces rochers sculptés nous emmène d’abord dans les Vosges du Nord près de Niederbronn et de Bitche, puis en Sarre près de Sankt Ingbert et de Sarrelouis, pour se terminer dans le nord de la Moselle.
1) La « Dicke Liese » au Grand Wintersberg près de Niederbronn (Bas-Rhin)
Il s’agit d’une sculpture représentant une femme assise haute de 0,96 m, qui a été malheureusement endommagée pendant la guerre et mal restaurée en 1951. Alors que la partie supérieure du corps paraît dévêtue, les jambes, visibles partiellement, portent un vêtement. Dans son giron, elle semble porter un objet qui n’est malheureusement plus identifiable.
2) Le rocher sculpté de Ropperviller (Moselle) (Römerbild ou rocher de Diane)
Dans la paroi rocheuse est taillée, à une hauteur d’environ 3 m, une niche au sommet plat haute de 0,64 m et large de 0,87 m. Trois personnes y sont sculptées. Une femme, vêtue d’une tunique, porte un arc de sa main gauche et prend de la main droite une flèche dans un carquois porté sur son épaule. Un chien qui tourne sa tête vers elle est assis du côté droit. A gauche, un second chien regarde un personnage masculin, portant une épaisse chevelure et qui s’appuie sur la haste d’une lance. Son bras gauche est couvert d’une draperie qui est le seul vêtement identifiable. La figure de gauche, qui présente la même posture que la précédente, est, semble-t-il, nue. Son bras gauche est couvert d’une draperie qui a aussi été identifiée comme une peau de lion.
3) Le relief de la Bildmühle à Lemberg (Moselle)
Une niche au sommet cintré, haute de 0,65 m et large de 0,30 m, dans laquelle est assise une femme a été sculptée dans un rocher, à proximité d’une source. Assise de face, portant un long vêtement drapé qui tombe sur les pieds, elle tient de la main gauche une corne d’abondance remplie de fruits. Sa main droite posée sur son genou semble tenir une coupe. L’état de conservation ne permet plus de vérifier si elle porte un voile maintenu par un diadème surmontant la coiffure, comme cela a pu être interprété par le passé. En 1927, on a également pu identifier un léger relief autour du cou correspondant à un torque ou au col d’un vêtement.
4) Le Rocher des Trois-Figures à Lemberg (Moselle) (Dreibilderfels)
A mi-pente d’un petit vallon, dans la forêt, se dresse le rocher des Trois-Figures, sculptures gallo-romaines de facture assez naïve. Deux personnages sont représentés debout, dans une double niche, haute de 1,50 m et large de 0,92 m.
La figure de gauche est une femme habillée d’un long vêtement tombant presque sur les pieds et recouvert d’une tunique plus courte. Des observations anciennes indiquent qu’elle portait un diadème, mais ce pourrait également être une simple cape. Elle porte un objet dans chaque main ; malheureusement, ils sont difficilement identifiables.
La figure de droite est un homme, vêtu, qui tient dans la main gauche sans doute un récipient ou un vase. A la droite des deux figures, on distingue difficilement une troisième figure, anciennement martelée, identifiée parfois comme une bacchante dansante.
5) Le « Pompöser Bronn » à Lemberg (Moselle)
Sur le ban de la même commune, existe un troisième monument rupestre qui se différencie des précédents par la qualité de ses sculptures et par ses dimensions.
Il se dresse à proximité d’une source dite aussi source de Saint-Hubert qui jaillit du rocher, mais il est malheureusement incomplet et seule la partie inférieure du relief, large de 3,70 m, est conservée sur une hauteur maximale de 0,75 m. Le personnage de gauche représente une femme vêtue d’une courte tunique portant un arc. Cette tunique ressemble à des culottes bouffantes, en dialecte local « Pumphose », qui pourrait être une des explications du nom de la source.
La seconde figure représente un homme, vêtu également d’une courte tunique. Du côté droit de cet homme se dresse une lance. Ces deux personnages sont entourés d’animaux, sans doute quatre chiens et un sanglier, partiellement caché par le personnage masculin. L’un des chiens, assis à gauche de la figure féminine, semble regarder vers l’arrière, vers un animal dont on distingue seulement la tête et l’échine. L’une des interprétations reconnaît que cet animal, de nature peut-être fantastique, sort d’une grotte. La scène est complétée par des éléments végétaux, en particulier un arbre et deux petits reliefs en arrière-plan dont l’un, encadré à gauche de la figure féminine principale, représente une femme assise devant laquelle est agenouillé un enfant. Sur le second, à droite du personnage masculin principal, on peut reconnaître deux cervidés combattant.
6) Le relief pariétal de Sengscheid dit « Hänsel und Gretel » près de Sankt Ingbert (Land de Sarre)
Le rocher sculpté surplombe un petit vallon forestier. On reconnaît deux personnages sculptés dans deux niches peu profondes. L’ensemble est malheureusement assez dégradé par le temps et par le vandalisme, mais des empreintes anciennes en ont été conservées.
La figure de droite, haute de 1,20 m, est un homme, imberbe, vêtu d’une courte tunique, dont le bras droit est plié et levé. Sa main tient un objet qui pourrait être un récipient ou un sceptre. Le bras gauche pend le long de son corps et tient un objet, peut-être une bourse. La figure de gauche représente une femme vêtue d’une longue tunique. De sa main gauche, elle tient, semble-t-il, un panier de fruits sur son ventre. Sa main droite, éloignée de son corps, tient également un objet.
7) Les « Trois Capucins » à Wallerfangen (Land de Sarre)
Dans la forêt du Blauwald, à l’extrémité d’un petit vallon, se trouvent deux reliefs pariétaux distants de 2 m l’un de l’autre. Un troisième relief existait encore vers 1800, mais seules des traces de la niche sont encore visibles. La première figure occupe une niche de 1,20 m de haut et de 0,91 m de large, cintrée. Il s’agit d’un homme imberbe vêtu d’une tunique surmontée sans doute d’un manteau. Il porte sa main gauche sur sa poitrine, alors que sa main droite tient un objet allongé reposant sur une base, peut-être un maillet.
La seconde figure, sculptée dans une niche d’1 m de haut sur 0,61 m, représente une femme portant une tunique bouffante. Sa main gauche repose sur sa poitrine, alors que sa main droite est appuyée ou tient un objet allongé, dont l’extrémité est peut être en forme de corne et qui repose sur un socle, peut-être un autel. Il pourrait aussi s’agir d’un objet similaire à celui que tient le premier personnage.
8) Le « Nonnenfels » à Klang (Moselle)
Au lieu-dit « Au trou d’enfer » dans le Bois de Klang on trouve sur un rocher une figure sculptée haute de 1,28 m, malheureusement défigurée par des ajouts postérieurs, en particulier des croix.
Il s’agit d’une femme nue, debout et de face. La main droite élève, à hauteur de la tête, un objet qui pourrait être un vase alors que la main gauche, près de la branche, semble tenir un sac. Une autre interprétation voit la femme tenir une corne d’abondance, un cervidé se trouvant à ses côtés.
Une tentative d’explication
L’interprétation de ces représentations figurées est extrêmement complexe : dans de nombreux cas, les attributs des personnages ne sont pas identifiables avec certitude ; par ailleurs, les lectures qui ont en été faites par le passé, lorsque l’état de conservation était meilleur, divergent. Sauf exception, ces représentations figurées paraissent isolées, en milieu forestier, souvent à mi-pente au-dessus de petits vallons, là où jaillit parfois une source. Pour autant qu’on puisse encore en juger, la qualité de ces reliefs est très variable, depuis des œuvres au style très « populaire » comme à Sengscheid et au Dreibilderfels à Lemberg jusqu’à des oeuvres à la qualité artistique bien affirmée.
La plupart des scientifiques qui ont étudié ces monuments rupestres y voient des divinités, même si, pour les couples, les représentations peuvent être rapprochées de stèles funéraires. C’est le cas du « Dreibilderfels » à Lemberg.
Parmi ces représentations se détachent celles qui représentent des divinités féminines isolées, qu’on peut identifier par leur pose, assise, ou par leurs attributs, comme des déesses-mères (Grosswintersberg, Bildmühle à Lemberg et Klang). Ces divinités sont extrêmement populaires dans nos régions à l’époque gallo-romaine, comme le démontrent aussi la grande quantité et la grande diversité des représentations en terre cuite qui sont retrouvées dans les fouilles.
Les autres représentations sont plus difficiles à identifier et, parmi les nombreuses interprétations, il y en a une qui revient fréquemment. A Wallerfangen, le dieu masculin porte un attribut qui pourrait être un maillet et permet de l’identifier à Sucellus, divinité attestée uniquement en Gaule et connue par au moins deux inscriptions qui accompagnent son image, dont l’une a été trouvée à Sarrebourg dans le sud du département de la Moselle. Représenté comme un homme d’âge mur, barbu, il est vêtu comme un Gaulois, d’une tunique courte, d’un capuchon ou de braies. Il tient un maillet, parfois haut comme un sceptre et un vase pansu et parfois d’autres attributs : tonnelets, amphores… Quand il a une compagne, Nantosuelta, dans l’est de la Gaule, celle-ci porte souvent une corne d’abondance. Sucellus est dispensateur d’aliments et il offre le pot où l’on peut voir un équivalent de la corne d’abondance.
Les représentations de Sengscheid près de Sankt Ingbert peuvent également être identifiées avec ce couple divin, tant par la présence d’un pot que par le vêtement, même s’il est également possible d’envisager d’autres divinités. A Lemberg, au Dreibilderfels, les attributs pourraient également indiquer un couple de divinités de la fertilité.
Les deux derniers reliefs pariétaux sont d’identification a priori plus facile. A Lemberg, au Pompöser Bronn, on reconnaît la déesse de la chasse Diane et son arc et le dieu de la forêt Silvain portant une lance, accompagné du chien et d’animaux sauvages. La présence d’une source justifie les représentations peut-être d’une nymphe et d’un amour. Ces deux divinités, Diane et Silvain, sont également représentées à Roppeviller, où elles sont accompagnées d’une troisième divinité dont l’identification est malaisée.
En Gaule Narbonnaise, Sucellus est assimilé à l’époque romaine au dieu Silvain. De telles assimilations ne sont pas attestées en Gaule de l’Est, néanmoins elles permettent de rapprocher ces deux reliefs pariétaux des précédents. En Diane chasseresse, il faut alors voir l’assimilation d’une divinité locale de même nature.
La divinité qui accompagne Diane et Silvain à Roppeviller, et dont l’attribut est également une lance, pourrait être Mars en tant que divinité gallo-romaine, c’est-à-dire protectrice et pourvoyeuse de prospérité.
Mais, quelle que soit leur facture, il est probable que ces monuments rupestres sont l’héritage de cultes et de conceptions religieuses pré-romaines qui ont été perpétués par la sculpture. A partir du Moyen Age, les croyances populaires voyaient, dans ces reliefs, des personnages de conte, des représentations de sorcières ou encore le souvenir de monastères détruits.
Jean-Paul PETIT
Comment s'y rendre
1 • Pour le Diecke Liese, prendre à l’entrée de Niederbronn, en venant de Bitche, la route (à gauche) du col du Grand Wintersberg. Le rocher sculpté est derrière le chalet du Club Vosgien, près du sommet.
2 • A Roppeviller, prendre la rue principale, traverser le village en direction de la frontière en empruntant le chemin rural. Entrer dans la forêt sur environ 200 m, prendre à droite le chemin forestier et se garer dans la clairière au pied d’un imposant massif rocheux. A partir de là, suivre la frontière matérialisée par des bornes, vers la droite. Le rocher sculpté est près de la borne n° 6.
3 • Pour accéder à la Bildmühle, prendre la route de Lemberg à Mouterhouse. Au bas de la descente, là où la route commence à suivre le vallon, prendre un chemin part à droite le long du ruisseau de la Bildmühle. Il faut remonter le ruisseau (en voiture, puis à pied) jusqu’aux ruines d’un ancien moulin à côté desquelles se trouve le rocher sculpté.
4 • L’accès au Rocher des Trois-Figures et du Pompöser Bronn est possible à pied au départ du parking qui se trouve en bordure de forêt, à l’entrée de Lemberg en venant de Bitche (sur la gauche). Les chemins menant aux rochers sont fléchés.
5 • Pour accéder au relief de Sengscheid, prendre à Sankt Ingbert la route de Sengscheid pour accéder à ce quartier. Se garer au parking près du Großerstiefel. Un chemin piétonnier permet d’accéder au rocher (se renseigner à l’hôtel Sengscheider Hof).
6 • Pour accéder aux Trois Capucins, prendre depuis Wallerfangen la direction du quartier Sankt Barbara. Rejoindre ensuite le village de vacances Jugenddorf Blauchlochtag puis se diriger vers la lisière de la forêt au lieu-dit Blauloch.
7 • A Klang, un chemin balisé dont le départ est situé près de l’école conduit à travers la forêt (1 km) jusqu’au Nonnenfels.
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