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La villa de Saint-Ulrich
Dolving (57)

La villa de Saint-Ulrich a été construite à partir du deuxième quart du Ier siècle apr. J.-C., sur un site apparemment dépourvu d’une occupation antérieure conséquente. Les dimensions du domaine (dont le bâtiment aujourd’hui visible constituait le centre) ne sont pas connues mais ne pouvaient être inférieures à plusieurs centaines, voire milliers d’hectares, notamment dans l’Antiquité tardive si l’on se fie aux bans des trois communes qui convergent sur ce site. Celui-ci devient le siège d’un établissement religieux, attesté depuis au moins le IXe siècle, mais une nécropole mérovingienne permet de réduire encore cet apparent hiatus.
L’emplacement de la villa, à moins d’un kilomètre de la grande route romaine Reims-Strasbourg dont la sépare une grande croupe collinaire, correspond à une double logique. La première est, bien entendu, le souci de contrôler le domaine constitué de terrains de nature diverse et complémentaire, parmi lesquels on ne peut exclure des vignes, en occupant une position stratégique. La seconde est de bénéficier de l’espace nécessaire, du confort (circulation de l’eau par exemple) et des points de vue qui rendent le séjour agréable au propriétaire et à sa famille. En raison de la topographie locale, cela conduit à une orientation des bâtiments en oblique par rapport à la pente principale. Les 33 annexes reconnues par ailleurs s’alignent le long de l’axe ainsi déterminé.
La partie aujourd’hui visible de la villa centrale a été dégagée entre 1968 et 1983 par Marcel Lutz, récemment décédé. Elle correspond au cœur des bâtiments : les ailes orientale et occidentale qui donnaient toute son ampleur à la construction ne nous demeurent connues qu’à travers la documentation de la fin du XIXe. Deux terrasses sont cependant bien visibles. Plus au nord, correspondant au bas de la pente, prenait place autour d’une cour à portique jouant peut-être le rôle de palestre, un très grand secteur balnéaire plusieurs fois remanié entre la fin du Ier siècle et le IVe. Cette importance accordée aux bains apparaît comme une constante dans les grandes villae provinciales romaines à partir du IIe siècle. Elle trouve cependant un écho particulier dans le cas de Saint-Ulrich avec la présence d’une source miraculeuse dans les emprises du couvent qui lui succède.
Le secteur méridional comprend à l’origine tous les éléments constitutifs d’une résidence, y compris donc un premier balneum rapidement abandonné comme tel lorsqu’on construit le secteur nord vu précédemment. Il est soutenu à l’ouest et au nord par des galeries semi-enterrées ou cryptoportiques surmontées d’un second niveau de portiques. Ce principe d’organisation, fréquent dans le monde méditerranéen mais peu adapté au climat mosellan, a été rapidement abandonné avec comblement des galeries. Les pièces dégagées correspondent pour l’essentiel aux salles de réception du propriétaire. Les remaniements sont là aussi nombreux, faisant passer la façade du corps central d’un schéma en U à une façade strictement linéaire : à partir de la fin du Ier siècle ce sont les ailes (actuellement non dégagées) qui permettent le maintien de l’effet de monumentalisation appuyé sur la recherche de la symétrie. De fait, le principe d’une composition axiale organisée à partir d’une très grande salle ainsi mise en valeur n’est pas abandonné ; cette grande salle est seulement dédoublée avec une ouverte à l’est (salle d’audience ?) et une à l’ouest (grande salle à manger ?). Les autre pièces s’organisent de façon très symétrique de part et d’autre, avec interpolation de petites cours intérieures ou, mieux, de puits de lumières pour favoriser les déplacements internes et l’éclairage de certaines de ces pièces. On note également une gamme importante de moyens de chauffage bâtis, des hypocaustes aux cheminées avec âtre intérieur.
La qualité de la décoration n’a pas suivi une courbe parallèle à celle des surfaces construites. Cette contradiction apparente permet de poser la question de la fonction assurée au fil du temps par ce complexe et ses habitants, la durée et la périodicité de leurs séjours en particulier.

Xavier LAFON



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