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Le briquetage de la Seille
Marsal (57)

Les « bouilleurs de sel protohistoriques » du Saulnois

Dès l’époque protohistorique, l’homme a su tirer profit des sources salées naturelles qui sourdaient en certains endroits du Saulnois ou pays salin (pagus salinensis), région qui a le privilège de receler, dans son sous-sol, un important gisement de sel gemme. Marsal (Maro sallum), Salival, Salnon (= Sânon), Salées-eaux, ces quelques toponymes évoquent d’une manière obsédante la présence du sel (sal) dans vallée supérieure de la Seille (Salia). Ces sources salées sont utilisées, dès la Protohistoire, pour produire, par la technique dite du briquetage, cet « or blanc » si précieux. Le briquetage de la Seille, situé entre Marsal et Salonnes, est constitué de six tertres surélevés au-dessus des marécages, appelés « îlots » ; ce sont d’énormes dépotoirs, résultat d’une formidable accumulation « de morceaux d’argile cuite au feu de formes et de couleurs diverses » ; ces rebuts s’étendent sur environ 120 hectares et l’on a estimé leur volume à 3 millions de 3 m3 ; sous une couche de colluvions et d’alluvions épaisse de quelques mètres, leur puissance dépasse parfois 7 m. Cette « étrangeté » du sous-sol salinois a attiré depuis le XVIIIe siècle au moins, la curiosité des érudits. Pendant trois siècles, les réflexions archéologiques et les hypothèses explicatives ont été multiples et parfois contradictoires. En 1969 et 1976 des fouilles ont été organisées à proximité de Marsal ; elles ont permis, d’une part, de caler la datation (début au Bronze final, apogée au Hallstatt, déclin puis arrêt au deuxième Age du Fer ou La Tène), d’autre part, de mieux comprendre les deux étapes du processus de fabrication du sel ainsi que les techniques employées.
La technique du briquetage comporte donc deux phases. Tout d’abord la concentration : l’eau salée naturelle est versée dans des cuvettes (10/20 litres) à fond plat et épais ; posées sur des cales, elles sont installées dans des fours circulaires creusés à même le sol, le combustible (charbon de bois) ayant été au préalable amassé dans le fond de la fosse (la rubéfaction en fait foi) ; la chaleur du foyer provoque alors une évaporation qui entraîne la concentration de la saumure. Ensuite le conditionnement du sel : dans le fond d’un deuxième type de four en forme de fer à cheval, une structure à fonction de grille à plusieurs étages (?) est réalisée à l’aide de bâtonnets et de colifichets ; les godets, remplis de saumure concentrée, sont calés dans les logements de la grille ; sous l’action de la chaleur, le sel se précipite et se cristallise ; l’opération terminée on peut, en brisant les vases d’argile, récupérer les petits « pains de sel » formés et moulés. Au bout d’un certain nombre de cycles de fabricatio n, fours et matériels de cuisson rendus inutilisables étaient détruits et jetés ; c’est l’origine de ces énormes dépotoirs de rebuts que nous avons évoqués et qui, au creux de la vallée marécageuse ont pu également favoriser l’implantation de l’habitat protohistorique, mais ce n’est pas archéologiquement prouvé. Des recherches très récentes permettent de compléter notre information.

René BERTON



Du nouveau sur le briquetage de la Seille

Une fouille préventive réalisée en novembre 1999 par l’AFAN sur le tracé du contournement routier de Moyenvic a permis de révéler un nouveau type de site de briquetage protohistorique. Une quarantaine de fourneaux creusés dans le sol géologique ont été relevés et fouillés ; ils se répartissent sur une quinzaine d’ateliers. Ils sont associés à quatre carrières d’argile et à plus de quatre-vingts fosses de préparation d’argile. La typologie des fourneaux démontre une certaine variété des structures de chauffe. Il existe des fourneaux ronds à butte centrale, des fourneaux en forme de haricots, ces deux types étant peu nombreux. Les plus fréquents sont ceux qui dessinent un fer à cheval de forme simple à deux carneaux reliés entre eux, mais il en existe de plus complexes à trois carneaux ou encore de grands fourneaux en fer à cheval couplés dans une grande fosse commune. Les dimensions des fourneaux ne dépassent pas 1,20 m de long pour 0,90 m de large et les plus courants font 1 m sur 0,60 m. Les récipients utilisées sur ce site correspondent à de grandes cuvettes en terre cuite rondes à fond plat et épais pour supporter les flammes, de diamètre supérieur à 0,40 m et de hauteur variant de 0,15 à 0,20 m. Les cuvettes devaient être installées au-dessus des foyers, sur des grilles confectionnées avec de grands bâtons de section carrée (argile mêlée à du foin ou de la paille), longs de 0,30 à 0,40 m. Ceux-ci étaient installés au-dessus des carneaux dans leur largeur et fixés entre eux et sur les bords supérieurs des fourneaux par des boudins d’argile crue, pour former une solide grille laissant passer la chaleur. L’étude de la céramique fine permet d’apporter une datation du Hallstatt ancien, avec probablement une présence dès la transition entre Bronze final et Hallstatt ancien.

Jean-Denis LAFFITE



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