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L’aqueduc de Gorze à Metz
Ars-sur-Moselle et Jouy-aux-Arches (57)

Les vestiges les plus spectaculaires que la romanisation a laissés en Moselle sont ceux du pont-aqueduc qui franchit la Moselle entre Ars-sur-Moselle et Jouy-aux-Arches et qui n’est que la partie la plus monumentale d’un ouvrage presque entièrement souterrain, long de 22 km, qui amenait l’eau vers le chef-lieu de la cité des Médiomatriques, depuis la source des Bouillons située sur la Côte de Moselle à 208 m d’altitude. Cet ouvrage exceptionnel, construit au courant du IIe siècle lorsque Divodurum-Metz connaît sa grande phase de développement urbanistique, a sans doute été financé par des sévirs augustaux du chef-lieu, comme l’atteste une des pièces majeures de la riche collection d’épigraphie latine du musée de Metz. Cette inscription, étudiée par Yves Burnand, indique que six sévirs augustaux, dont les noms sont partiellement connus, ont amené l’eau depuis son origine jusqu’à Divodurum et qu’ils ont dédié un nymphée avec toute sa décoration et avec un portique à leurs frais. Cet acte d’évergésie, qui s’estime en millions de sesterces, témoigne de la richesse des sévirs augustaux de cette ville.
Le tracé de l’aqueduc comprend trois tronçons. Une conduite souterraine, longue de 13 km, amène l’eau depuis la source jusqu’au pont-aqueduc qui permettait le franchissement de la Moselle pour rejoindre la rive droite de cette rivière.
Le pont-aqueduc est encadré par deux bassins, l’un assez monumental à l’amont, l’autre nettement plus petit à l’aval. Au-delà de ce bassin, la conduite souterraine se dirigeait vers le sud de Metz, se terminant probablement là où fut découverte, en 1848, l’inscription des sévirs. Il y existait sans doute un château d’eau qui distribuait l’eau dans le réseau urbain de la ville.
La conduite souterraine visible entre Gorze et Novéant où elle a été coupée par la route actuelle, a une pente moyenne d’un mètre par kilomètre. Haute d’1,60 m et construite en pierres calcaires liées au mortier de chaux, elle est constituée d’une voûte en berceau reposant sur des pieds-droits verticaux espacés d’1,20 m, au parement interne soigné. Le fond plat qui repose sur un hérisson épais de 0,30 m à 0,40 m est tapissé d’un béton de tuileau épais de 8 cm qui remonte sur les parois sur une hauteur de 0,92 m. L’étanchéité est assurée par un bourrelet de mortier.
L’ouvrage qui franchissait la Moselle, long de 1,125 km, devait compter à l’origine plus de 110 arches construites en calcaire de Moselle selon la technique de l’opus caementicium avec un parement en petit appareil réglé jointoyé et tiré au fer. Les piles s’allègent progressivement de bas en haut par des retraits en chanfrein et supportent des arcs en plein cintre présentant un double rouleau de voussoirs appuyé sur une corniche en grand appareil.
Sur la rive droite, à Ars-sur-Moselle, il ne subsiste aujourd’hui que sept arches formant deux tronçons et une pile isolée. En revanche, sur la rive gauche, un ensemble de seize arches domine les maisons et franchit la route nationale. La partie la plus élevée mesure encore aujourd’hui 23,50 m de hauteur et il est probable que le sommet du monument surplombait la rivière de plus de 30 m. L’aspect actuel du monument est le résultat de nombreuses campagnes de restauration qui se sont succédé depuis 1837.
A la sortie du premier tronçon souterrain la conduite débouchait, après un coude, dans un bâtiment imposant de 11,5 m sur 8,5 m fermé par une abside et doté d’un bassin de 4,20 m sur 3,30 m, profond de 1,30 m, vraisemblablement un bassin de décantation et de régulation. Le canal d’entrée qui prolonge la conduite souterraine, long de 3 m et profond de 0,80 m, est relié par deux marches encadrées de pieds-droits. Les parois de ce bassin et celles du canal sont parementées de briques revêtues, tout comme le fond, d’un épais béton. Un canal de déviation large de 0,90 m part en oblique vers le nord-est. Large de 0,90 m, également parementé de briques revêtues d’un béton de tuileau, il comprenait sans doute un système de vannes, comme l’attestent les deux blocs de pierre rainurés qui flanquent l’entrée. Au-delà du bâtiment, ce canal se prolongeait par une conduite voûtée, large de 0,50 m, qui a souffert du glissement de terrain qui a affecté l’ensemble du bâtiment et lui a fait perdre une altitude de 1,50 m à 2 m. A la sortie du bâtiment, deux canalisations parallèles séparées par un muret s’ouvrent à 40 cm au-dessus du bassin ; à l’origine existait sans doute un système de vannes régulatrices portées par les pieds-droits prolongeant les parois et le muret central.
Les deux canaux parallèles, d’une largeur variant entre 0,85 m et 0,90 m et séparés par un muret de 0,35 m d’épaisseur, sont montés en briques triangulaires revêtues de béton de tuileau étanche, sauf dans les parties supérieures, où les parois sont constituées de moellons calcaires. Cette double canalisation s’engageait sur le pont-aqueduc, comme l’indiquent les vestiges arasés au-dessus des arches qui dominent la route nationale. Les murs extérieurs des canalisations, larges de 0,60 m, reposent sur une corniche maçonnée qui fait la transition avec le soubassement. La finalité de ces deux canalisations, chacune couverte à l’origine par une voûte, était de réduire les pressions qui s’exerçaient sur l’aqueduc en élargissant la largeur du passage, en diminuant la hauteur de l’eau en circulation et en réduisant le poids de la couverture.
Après avoir traversé le pont-aqueduc, la conduite double arrivait à un bassin circulaire de 4 m de diamètre, sans doute couvert initialement d’une coupole, et au centre duquel s’ouvre un puits de 2 m de diamètre et d’1,35 m de profondeur. Les deux conduites débouchent dans le puits à 0,45 m au-dessus du fond. A l’opposé, la présence d’un autre conduit, très mal conservé, indique le captage d’une autre source. Ce bassin circulaire rassemblait les eaux des deux canaux en cassant le courant à la sortie du pont-aqueduc ; l’eau s’engageait ensuite dans la conduite souterraine pour aller alimenter les quartiers de la ville antique, où elle permettait de satisfaire les besoins quotidiens des habitants, nettoyant les latrines et les égouts, et de rassembler la population au sein des thermes publics.
L’aqueduc de Metz, un des mieux conservés dans la partie occidentale de l’Empire, permet d’appréhender la puissance et la permanence romaines. Il montre les compétences techniques des ingénieurs et des techniciens, sachant conduire l’eau sur un parcours accidenté de plus de 20 km en franchissant des obstacles comme la vallée de la Moselle grâce à un ouvrage exceptionnel, et le rayonnement des élites urbaines, capables de financer, d’entretenir et de gérer de telles constructions pour les besoins, mais aussi les plaisirs, du peuple. Un monument qui mérite sans nul doute un détour.

Claude LEFEBVRE



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