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La capitale de la cité des Médiomatriques
Metz (57)

Les thermes du musée

La capitale des Médiomatriques est née de la confluence de la Moselle et de la Seille et succède à un oppidum protohistorique dont des éléments de plusieurs remparts successifs dits « à poutrage interne » s’échelonnent du IIe au Ier siècle avant notre ère. Le noyau urbain s’est cantonné à l’époque augustéenne sur la butte de Saint-Croix. Il s’est rapidement étendu en dépassant l’interfluve Seille-Moselle pour toucher des secteurs situés au-delà des cours d’eau. Le réseau des voies, vraisemblablement implanté dès le Ier siècle, ne semble pas avoir été modifié durant l’Antiquité. Progressivement ce sont près de soixante hectares qui sont urbanisés plus ou moins densément. Les principales rues antiques sont encore perceptibles lorsque l’on arpente la ville. L’emplacement du cardo est suivi par les rues Serpenoise et Taison qui croisent à angle droit la Fournirue traditionnellement vue comme le decumanus.
Les vestiges de la Divodurum antique mis au jour ont été nombreux au fil des siècles. Les collections du musée de la Cour d’Or en témoignent abondamment. Seuls quelques bâtiments gallo-romains ont traversé le temps et les vicissitudes d’un urbanisme parfois radical. Le magnifique exemple de Saint-Pierre-aux-Nonnains évoqué plus loin dans ce dossier n’est heureusement pas le seul. Au détour d’une rue, des murs de moellons en petit appareil, vestiges de la splendeur des monuments antiques, sont visibles comme sur les flans de l’église Saint-Martin, rue de la Fontaine.
Un ensemble thermal qualifié de grands thermes du nord, découvert en 1932 à l’occasion de l’aménagement d’une aile du musée, a été conservé in situ et forme l’écrin où sont présentées depuis 1973 les vitrines sur le bain et l’eau dans l’Antiquité. Les murs sont en petits moellons de calcaire blanc rythmés par des chaînages formés de doubles assises de brique rouge. La fouille n’est pas complète pour ce monument qui se prolonge sous l’ancien carmel, aussi est-il difficile d’interpréter avec certitude les vestiges. Une piscine semi-circulaire et des baignoires sont visibles dans les salles du sous-sol, quelques murs se prolongent jusqu’à 7 m au-dessus des fondations fort bien mises en valeur. Le réseau d’arrivée d’eau et d’égout est en maints endroits présent même si le plan général reste peu lisible. L’interprétation généralement adoptée est celle du tepidarium pour cette partie conservée.
La décoration, retrouvée fragmentaire lors des fouilles, permet de restituer un décor polychrome de marbre blanc et vert pour les piscines, blanc et gris pour les pilastres. De nombreux panneaux de marbre, rectangulaires, décorés de boucliers, ont été retrouvés et semblent avoir appartenu à une frise courant sur des pilastres cannelés à chapiteau plat de type corinthien. Une mosaïque de marbre seulement repérée, dans ce qui semble être le frigidarium au nord, atteste du soin apporté à la réalisation du décor comparable en de nombreux points à celui des thermes de Trèves. La datation de ce monument n’est pas assurée. La proposition de placer la construction au début du IIe siècle de notre ère est fondée sur l’étude de l’appareillage des murs comparé à celui d’autres monuments messins.

Philippe BRUNELLA



Une cuve en porphyre dans la cathédrale

Dans l’angle sud-ouest de la cathédrale Saint-Etienne est conservée une grande cuve évasée en porphyre, roche sans doute importée d’Egypte et dont l’emploi dans la partie occidentale de l’Empire romain est très rarement attesté.
Longue de 2,42 m et haute de 0,60 m, elle possède un épais bord renflé. La paroi est ornée en son milieu d’une tête de lion en bas-relief. Elle est encadrée par deux mains appuyées contre le bord et qui tiennent sans doute une couronne.
Cette cuve est datée du Bas-Empire, et l’on considère qu’elle a pu servir de baignoire dans l’un des ensembles thermaux de Metz, peut-être les thermes du musée. Néanmoins aucune source n’atteste que cette cuve, remployée comme fonts baptismaux, ne soit pas parvenue à Metz après l’époque romaine.

Jean-Paul PETIT



Saint-Pierre-aux-Nonnains

Bâti vers 400 apr. J.-C., l’édifice romain devait constituer une palestre liée à des thermes et n’a jamais, à l’origine, été une basilique civile ; ce ne fut en aucun cas non plus une basilique chrétienne. C’est au VIIe siècle qu’on le transforme en abbatiale, moyennant quelques modifications, et il sera réaménagé continuellement pendant tout le Moyen Age.
L’élément le plus extraordinaire de cet édifice est son chancel, aujourd’hui exposé au musée de Metz. Un chancel est une barrière basse, très fréquente au haut Moyen Age, qui clôture ou entoure le sanctuaire. Découvert en réemploi dans les murs de l’église de l’an mil, cet ensemble est le plus complet connu en France. Il comporte trente-trois éléments, dont douze plaques (parmi lesquelles dix presque intactes) et vingt et un piliers, dont six dans l’état originel, tous hauts d’environ un mètre. Les décors, réalisés selon la technique du semi-plat, présentent une iconographie exceptionnelle, où se mélangent des thèmes de l’Antiquité classique et des emprunts aux « Barbares ». Quatre modes de représentation s’affirment : des motifs végétaux et animaux, des éléments géométriques et un seul panneau à figuration humaine, représentant le Christ. Ce dernier a suscité beaucoup d’interprétations ; aujourd’hui, des historiens de l’art comme Carol Heitz le voient comme un Christ eucharistique, tenant dans une main le pain de la consécration et dans l’autre un calice. Malgré cette diversité, le chancel offre une grande unité de style. Datant probablement de 750-760, le monument pose quelques problèmes de reconstitution, les piliers d’angle ayant disparu. Mais il témoigne d’un art du haut Moyen Age encore mal connu et dont très peu de vestiges sont conservés.

Frédéric LONTCHO



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